Depuis un certain temps, des commissaires de la CENI mènent une fronde contre leur président Bakary Fofana. Si beaucoup préfèrent agir dans l’anonymat, par contre, d’autres  estiment qu’il est temps de se prononcer à visage découvert. C’est le cas de Charles André Soumah. Nous invitons à lire dans les lignes qui suivent l’intégralité de sa déclaration :

 

« Depuis quelques jours, la Commission électorale nationale indépendante (CENI) traverse une crise interne. Je voulais apporter ma contribution pour éclairer la lanterne du peuple de Guinée et des partenaires techniques financiers de notre institution. Depuis notre prestation de serment le 2 novembre 2012, les nouveaux commissaires ont exprimé un besoin prioritaire d’établir un état des lieux sur le fonctionnement de l’ancienne CENI et sur l’ensemble des opérations de gestion du processus électoral.

Nous avons également exprimé le besoin de nous fixer une vision commune sur la base des textes, des opérations électorales ainsi que sur les divers outils, notamment le cadre législatif, réglementaire et les divers guides qui organisent les activités de la CENI. A cet effet, il important de rappeler que depuis la mise en place de cette CENI, notre institution se heurte à de sérieux problèmes de gouvernance qui se caractérisent par des prises de décisions unilatérales en dehors de la plénière créant ainsi l’injustice, le favoritisme, l’exclusion et le manque de transparence dans la gestion des ressources humaines et financières de la CENI.

C’est pourquoi une fois j’avais proposé l’organisation d’une plénière pour parler de cette gouvernance de la CENI par M. Bakary Fofana. Je n’ai pas été écouté. Entre temps, nous avons eu à initier une rencontre à Kindia. C’était un séminaire axé sur la capitalisation des élections législatives de 2013 et l’élection présidentielle de 2015, mais on avait déjà fait une rencontre, avant même le début de l’atelier, entre les commissaires pour jeter un regard sur la gouvernance interne de la CENI.

Chaque commissaire a exprimé le dysfonctionnement de cette CENI sur tous les plans autour de M. Bakary Fofana qui présidait la rencontre avec un de ses vice-présidents qui n’est plus là avec nous. Ce dernier a rendu démission, c’est parce que la gouvernance de M. Bakary Fofana n’est pas du tout bonne. C’est M. Ibrahima Kalil Keita qui est maintenant Préfet à Siguiri. M. Bakary Fofana a dit qu’il ne se reproche de rien lors de notre rencontre à Kindia. Cela nous a complètement scandalisés. Parce que quand vous soulevez quelques questions importantes pour qu’une institution aussi sensible que la CENI puisse aller de l’avant, gérer la matière électorale de façon professionnelle, et le premier chef dit qu’il ne se reproche de rien, vraiment c’est quelque chose qui est difficile à digérer. A Kindia, on avait un mis un comité de veille parce que cette rencontre a abouti à différentes recommandations. C’est ce comité de veille qui devait suivre l’application de ces différentes recommandations.

Ce comité de veille était dirigé par le rapporteur, El Hadj Mamadi Lamine Condé, mais malheureusement tout ce qu’on a eu à soulever à Kindia n’a pas été suivi d’effets et ce dysfonctionnement à continuer. C’est ainsi que j’ai fait ma première pétition le 11 octobre 2016. Malheureusement, je n’ai pas été suivi et je n’ai pas été compris. Mais par solidarité, je me suis abstenu. Si aujourd’hui un projet de pétition a été formulé par quelques commissaires, on ne peut pas dire que c’est le fait d’un seul commissaire. Ce n’est pas le fait du porte-parole de la CENI qui est directeur du Département Juridique.

Nous avons tous contribué à l’élaboration de cette pétition. Moi, personnellement j’ai contribué à l’établissement de cette pétition tout comme d’autres commissaires. L’un des dysfonctionnements, un communiqué est sorti, écrit par quelques membres du bureau au nom de la plénière, envoyé au niveau des médias d’Etat, pour dire que cette pétition vient d’une seule personne. On ne peut pas stigmatiser une seule personne. Tous les dysfonctionnements relatés dans le projet de pétition ne sont pas l’œuvre d’une seule personne. Tout le monde connait même au niveau des assistants qui sont aujourd’hui démotivés par leur traitement injuste. Tu peux voir un assistant technique qui a un traitement inférieur à un autre alors qu’ils ont les mêmes diplômes ou les mêmes expériences. Aujourd’hui, ceux qui sont en train de parler dans les radios : ah, c’est un groupe de personne qui ne veut pas voir la tête de Bakary. Ils n’ont qu’à venir à la source de l’information parce que le journaliste doit recouper l’information. Ce qui ne va pas à la CENI est vraiment beaucoup, du planton jusqu’au dernier cadre, tout le monde sait que la CENI patine sur le plan de sa gestion. Nous sommes dirigés par un amateur. Il n’a jamais accepté de se faire former, alors que beaucoup de commissaires sont accrédités, d’autres semi-accrédités.

Ce n’est pas parce qu’on est président de la CENI qu’on ne peut pas se former. Surtout que l’organisation d’une élection demande un certain professionnalisme, une certaine expertise en la matière. Un dysfonctionnement visible, nous avons été formés en Lead, on devait repartir sur le terrain pour démultiplier cette formation en cascades. M. Bakary Fofana n’a jamais voulu cela et nous avons perdu cette formation avec ECES. Sur le plan des équipes de journalistes devant couvrir les activités de la CENI, cela se résume seulement au niveau des médias d’Etat alors que la presse nationale est composée des médias publics et des médias privés.

Chacun doit jouer sa partition. Ces radios, télévisions et journaux privés doivent participer pleinement à la couverture médiatique même dans les missions traditionnelles, ils devraient faire partie de cela. Tout cela est un des éléments de dysfonctionnement. Tous les départements de la CENI ressentent un dysfonctionnement orchestré et entretenu par le Président de la CENI. Les journalistes sont acteurs de ce processus électoral. Depuis que cette crise s’est déclarée à la CENI, les journalistes sont venus à la recherche de l’information à la CENI. Je les ai amenés dans la salle de conférence parce qu’on était en plénière. Le Président de la CENI, Bakary Fofana, qui est un spécialiste de la rétention de l’information a fait renvoyer ces journalistes, qu’il n’a rien à leur dire par l’entremise de son directeur de cabinet, François Kéléba.

Cela dénote qu’il cache quelque chose. Me Amadou Salif Kébé, directeur du département Juridique et moi-même Charles André Soumah, directeur adjoint du département Communication et Information, avons été l’objet d’injures par les animateurs de la radio Atlantic FM de Bakary Fofana. S’agissant de la lettre de pétition, nous avons envoyé au niveau de tous les commissaires ce document de travail. Pendant ce weekend, chacun va se pencher sur tout ce qu’on a relaté dans ce document pour que chacun prenne position.

On peut l’accepter ou on ne peut pas l’accepter. C’est lors de la prochaine plénière que nous allons en débattre. S’il est question de renouveler partiellement ou totalement le bureau, ce sont les commissaires qui l’exprimeront. Nous ferons recours à l’article 17 si nous avons les 2/3 des commissaires, nous serons obligés de prendre nos responsabilités parce que nous ne voulons plus que cela continue. Nous avons des échéances qui sont devant nous telles que l’organisation des élections locales, les élections législatives de 2018... »

 

Charles André SOUMAH Commissaire à la CENI

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